05 mars 2012

Google, ce monstre

Le dernier billet de Juju, que je vous conseille, est l’occasion de revenir sur mon billet d’hier qui a été extrêmement commenté. Pas un seul des intervenants ne m’a convaincu des dangers de Google, à part, évidemment, par l’utilisation des données que je diffuse volontairement.

Par contre, dans son billet, Juju pointe un vrai danger mais qui n’est pas du tout lié à Google : l’utilisation, par des « autorités », de puissants moyens informatiques pour nous fliquer. Le danger n’existe pas encore, en France, ce qui ne m’empêche pas de me battre, au quotidien, pour virer ceux qui ont créé je ne sais combien de fichiers de police ou autre ou quelques années.

Il ne faut pas se tromper de combat : le problème n’est pas que Google puisse communiquer à un vendeur de vibromasseurs une liste de clients qui consulte des sites pornos, le problème serait que Google vendent des informations nominatives sur les gens, y compris à des officines gouvernementales. Google ne le fera pas : Google veut récupérer le marché mondial de la publicité ciblée qui est particulièrement juteux, beaucoup plus que de vendre des informations individuelles. Si Google est pris dans un scandale, cette honorable société perdrait tout.

On oublie souvent l’ampleur de ce marché de la publicité : prochainement, Internet sera au centre des télévisions (par exemple, Apple pourrait annoncer mercredi le lancement d’un téléviseur). La société qui sera au centre du logiciel de la télé (Apple ou Google, pour l’instant, semblent dominer le futur marché) pourra nous seulement vendre de la publicité ciblée mais aussi communiquer la véritable audience d’une publicité contrairement aux systèmes actuels (basé sur les statistiques faites par Médiamétrie avec l’audience globale d’une émission). A la limite, la facturation de la publicité pourra être faite selon l’audience réelle de chaque clip diffusé.

Google ne va pas s’amuser à se discréditer en vendant n’importe quoi et le fichage sera beaucoup général que ce qu’on imagine avec Internet : ils sauront en permanence ce que vous regardez à la télé (et à quelle heure vous allez pisser). C’est en gros un marché de 3 ou 4 milliards d’euros en France qui est en jeu. Je n’ose imaginer le chiffre à l’échelle mondiale et le montant qui va rentrer dans les poches de Google et d’Apple, voire de Facebook et de Microsoft, ne les enterrons pas trop vite.

Qu’en penser ?

Pas grand-chose pour ce qui me concerne. Je préfère recevoir de la publicité pour des bières que pour des couches-culottes, j’en ai moins usage. Ce qui pourrait ne pas durer. Il reste un grave problème : ce machin échappe à tout contrôle de la part d’autorités démocratiques que j’aurais pu élire. Mais ce problème n’est pas spécifique à Internet. Par exemple, le PC que j’utilise a probablement été produit dans un pays ou le droit du travail est réduit à peau de chagrin, ce qui, finalement, est plus grave que le vibromasseur que doit m’apporter le facteur pour faire plaisir à un client de Google.

Quel que soit le sujet, il apparaît qu’il faut bien repenser le commerce mondial et la première étape sera de renégocier les traités Européens. J’ai donc choisi un candidat qui a prévu de le faire.

Internet ne pouvant pas être régulé à l’échelon Français, nous n’avons pas d’autre choix que de passer la patate chaude aux instances Européennes qui sont, par ailleurs, les seules à pouvoir contrôler le fichage qui pourrait être fait par les autorités tant que les gouvernements n’auront de cesse de créer des fichiers dans tous les sens.

Au palmarès de la liberté de la presse, la France était 11ème en 2002, 31ème en 2007 et 44ème en 2010 (elle est revenue depuis à la 38ème place). Dans mon blog politique, c’est le genre de bricole que je dénonce au quotidien, de même que j’ai dénoncé le soutien de la France à des dictatures diverses. Je rappelle périodiquement le soutien à Ben Ali, à Kadhafi, j’illustre mes billets de blogs avec des photos de Nicolas Sarkozy déjeunant à l’Elysée avec Bachar Al Assad, …

Par contre, je ne fais pas semblant de découvrir des problèmes quand un géant d’Internet côté en bourse change ses règles de confidentialité. Ca fait plus de dix ans que je paie l’essentiel de mes dépenses en liquide pour éviter que mon banquier suive les bistros que je fréquente avec mes factures de cartes bancaires.

Et je n’utilise pas Twitter pour insulter les gens et lancer des foudres sur un autre blogueur. Parce que quand je vois les moyens utilisés par certains gourous des libertés empiéter carrément sur la mienne en me faisant un procès public, j’aurais tendance à penser que des baffes se perdent.

Mais de grâce ne confondons pas une société que les geeks encensaient il y a encore quelques années pour ce qu’elle avait apporté à la liberté d’Internet, permettant de s’affranchir de Microsoft et tout ça… et des dictatures d’autres pays, tout en restant vigilant sur le fait que ces dictatures n’arrivent pas chez nous.

Ce n’est pas en racontant un charabia imbitable sur Google que les libertés progresseront. Au contraire, on finit ainsi par justifier la création de fichiers complémentaires au prétexte que le gouvernement veut nous protéger, au même titre qu’on espionne le net pour lutter contre la pédophilie et le terrorisme.

« Je ne vois pas pourquoi on laisserait des sociétés étrangères voler vos privées, il faut créer une agence d’état pour contrôler Internet et garantir vos libertés… »

Et paf… Allez ! Je continue !

« Cette agence aura pour mission de vérifier et d'enregistrer toutes les connexions faites sur les sites étrangers et donc pas sous contrôle de la loi Française pour vous protéger… »


Encore ?

« Car les blogueurs geeks ont raison : on ne peut pas laisser un géant Américain tel que Google vendre à des sociétés commerciales le fruit des activités des citoyens français… »


Un peu plus ?

« Si Google ne cesse pas immédiatement ses pratiques commerciales néfastes, nous en couperons les connexions aux entrées de la France et développeront un moteur de recherche français, sous contrôle du ministère de l'intérieur, pour garantir la plus grande liberté de tous… » 

Rassurez-vous, je peux faire pire...

« Je ne vois pas pourquoi on laisserait connecté à l'Internet un serveur informatique dont toutes les garanties ne sont pas suffisantes pour ce qui concerne le respect de la vie privée et de la liberté des citoyens… »

Ou :

« Un outil vérifiera automatiquement tous les mails pour vérifier qu'ils ne sont pas relatifs au terrorisme international pour garantir la liberté des citoyens… » 

Un type me traitait de libéral, dans Twitter, hier... Au prétexte que je défendais Google et pas nos libertés... Il va falloir qu'il révise la définition de "libéral"...

10 commentaires:

  1. Google n'est qu'une entreprise de passage qui se fera griller son marché par plus malin que lui. J'espère que d'ici là, on aura réglementé tout ça !

    [Question technique : mais ce ne serait pas possible un internet qui n'enregistre pas mes données ? Bêtement, je dirais "si" mais je ne suis pas sûr !].

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  2. Du coup j'ai twitté :
    « Je ne dis jamais vraiment du mal de Google. Je sais qu'il lis tout ».

    :-)

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  3. Poireau,

    Oui, ils ont eu chaud aux fesses avec Facebook !

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  4. Google peut aussi se faire hacker ses bases de données... et là, ce sera un inconnu qui chopera tes données. L'inconnu, tu ne pourras pas le retrouver... allez, je prépare un billet sur se protéger pour les nuls (dont je fais partie).
    J'espère que vous installerez les quelques logiciels utiles et vous pencherez sur quelques lectures....

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  5. Ju,

    Certes. Mais on se dirige vers le "Cloud Computing" : tous les fichiers de "tous" les internautes (pas les pros...) ne seront pas sur son disque mais sur des serveurs, on ne sait pas où.

    Fonctionnellement, c'est très bien (tu modifies un fichier chez toi, tu le récupère au bureau, puis, sur ton smartphone au bistro puis ta tablette au salon, et enfin sur le PC de tes parents pendant les vacances). Le rêve pour un pur nomade comme moi (et comme toi, d'ailleurs)...

    Il y a beaucoup plus de risque ainsi qu'avec le piratage des serveurs de Google... Et ça serait bien plus grave si les serveurs de la sécu ou des banques se faisaient hacker !

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  6. Google n'a pas vendu de données personnelles et ne le fera pas, dites vous, car ce n'est pas son intérêt. Je suis d'accord avec vous. C'est pourquoi j'ai été consterné d'apprendre que Twitter l'avait fait. Plus précisément, ce ne sont pas les données personnelles des twittos, mais la banque de données constituée par la totalité des messages postés depuis deux ans, qui a été cédée pour 250 millions de dollars. La source ici :
    http://scinfolex.wordpress.com/2012/03/09/sommes-nous-en-train-de-nous-faire-plumer-par-twitter/

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